Une autre façon de soigner dans le même pays
C’est l’après-midi, l’heure des visites, ce moment où les familles arrivent pendant que nous continuons nos soins, essayant de trouver l’équilibre entre présence pour les patients et organisation du travail.
La fille d’une patiente est venue de loin pour voir sa maman, et pendant que je passe dans la chambre pour prendre les constantes et vérifier que tout va bien, nous commençons naturellement à discuter.
Très vite, l’échange devient plus riche que prévu.
Elle vient du côté alémanique de la Suisse, alors que nous sommes du côté romand, et je réalise rapidement que je connais très peu cette réalité. Mon niveau d’allemand n’est pas suffisant pour me sentir à l’aise là-bas, alors je l’écoute me raconter comment les soins se déroulent dans sa région.
Elle m’explique que, malgré les mêmes diplômes, la même formation et la même expertise, l’approche des patients peut être très différente. Là-bas, me dit-elle, l’accent est davantage mis sur l’explication, la compréhension et le respect du rythme du patient, avec une volonté claire de s’assurer que chaque personne comprend réellement ce qui lui arrive et se sente accompagnée dans chaque étape.
Tout est détaillé.
Tout est expliqué.
On prend le temps de vérifier que le patient a compris.
On s’adapte davantage à ses besoins.
Je l’écoute, et une question me traverse doucement : à quel moment avons-nous commencé à perdre cela ?
De notre côté, la charge de travail augmente, les équipes sont de plus en plus sollicitées, et même si la volonté humaine est toujours présente, la réalité du terrain nous pousse souvent à aller plus vite, à prioriser l’efficacité, parfois au détriment de la qualité relationnelle.
Quand la langue devient une barrière, tout se complique rapidement.
Quand le temps manque, l’explication devient plus courte.
Quand les soins s’accumulent, la présence se réduit.
Elle ne critique pas. Elle constate simplement.
Et moi, je me reconnais dans ce constat.
Les hôpitaux universitaires font énormément d’efforts pour remettre l’humain au centre, pour encourager l’écoute, l’accompagnement, la qualité des soins relationnels. Mais sur le terrain, ces intentions se confrontent à une réalité bien différente, faite de sous-effectif, de rythme soutenu et de priorités qui changent.
Et en quittant la chambre, je me demande silencieusement à quel moment l’humain a commencé à céder doucement face à l’organisation.






