Cette patiente qui ne voulait pas rester seule à la maison

Cette patiente qui ne voulait pas rester seule à la maison

Il y a des patients qu’on n’oublie pas. Pas parce que leur situation médicale est exceptionnelle, mais parce qu’ils nous touchent profondément. Cette dame-là fait partie de ces personnes.

Nous passons deux fois par jour chez elle. Pourtant, nous sommes une nouvelle équipe et elle ne nous connaissait pas avant. Malgré cela, elle nous accueille chaque jour avec un immense sourire, comme si notre venue représentait le moment le plus important de sa journée. Elle se réjouit surtout de parler. D’échanger quelques mots. De ne pas rester seule face à son journal et au silence de son appartement.

Elle accepte les soins sans jamais se plaindre. Elle nous remercie constamment. Elle propose toujours des biscuits, même quand elle a de la peine à se lever. Un jour, elle a même voulu monter dans la voiture pour “venir avec moi dans mes aventures”. Elle riait, mais derrière cette phrase il y avait surtout une immense solitude.

Et chaque fois que je repars, j’ai le cœur serré. Cette femme a des problèmes de mobilité importants. Elle ne peut plus se laver seule, ni s’habiller ou se déshabiller sans aide. Son autonomie diminue petit à petit. Pourtant, ce qui lui pèse le plus, ce n’est pas forcément la douleur physique. C’est l’isolement.

En effet, quand cette dame ne peut plus descendre les escaliers seule et qu’il n’y a pas d’ascenseur, elle doit rester enfermée chez elle. Solution de l’hôpital, renvoyée vite la patiente chez elle, la famille accepte et aide à monter les escaliers le jour de la sortie. Après, on n’imagine pas que cette patiente va rester toutes ses journées à tourner en rond. À un moment donné, personne ne s’est mis à la place de la patiente. Je ne blâme pas les familles, car souvent elles subissent cette situation aussi. Elles n’ont pas d’autres solutions en réalité.

Je ne cache pas que je me propose souvent pour aller la voir. Je l’adore et je reste souvent avec elle. J’ai même des collègues qui me disent qu’ils profitent de rester manger à midi avec elle. Ça évite qu’elle soit seule et la collègue n’est pas seule dans sa voiture à manger aussi.

Sa famille fait ce qu’elle peut. Comme beaucoup aujourd’hui, ils courent après le temps. Ils vivent en ville, travaillent, s’occupent des enfants, de la maison, des obligations du quotidien… et essayent encore de trouver quelques heures pour venir la voir. Je les comprends tellement. C’est mon cas, les patients me voient plus que ma propre famille.

Notre société vieillit, mais nous continuons à vivre à un rythme toujours plus rapide. Les personnes âgées restent souvent seules pendant de longues journées. Les familles culpabilisent de ne pas être plus présentes. Et les soignants deviennent parfois les seules personnes que certains patients voient dans leur journée.

Quand on parle des soins à domicile, on imagine souvent les médicaments, les pansements ou les perfusions. Mais la réalité est bien plus humaine que ça. Parfois, le soin le plus important, c’est simplement de s’asseoir cinq minutes et d’écouter quelqu’un parler.


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