Le pansement improvisé
Ce que je vois
Vendredi après-midi. Un monsieur m’appelle. Il est rentré chez lui il y a deux jours après une hospitalisation et me demande quand quelqu’un pourrait passer refaire son pansement.
Un vendredi après-midi…
D’un coup, tout devient une petite course contre la montre. Selon nos protocoles, le pansement doit être refait aujourd’hui. Pas lundi, pas demain : aujourd’hui.
Je lui réponds donc : « Je passe dans l’après-midi. Dites-moi simplement à quelle heure je peux venir. »
En arrivant chez lui, je débarque avec mon gros sac à dos de soins. Le fameux pansement m’attend. Heureusement, la plaie est belle : pas de rougeur inquiétante, pas d’écoulement suspect, pas de signe d’infection ou de complication. Jusque-là, tout va bien.
Puis vient le moment d’ouvrir le matériel. Et là, petit problème.
Le monsieur n’a pas encore eu le temps de passer à la pharmacie chercher les fournitures prescrites à sa sortie de l’hôpital. Dans mon sac, je trouve bien quelques compresses, un désinfectant et du sparadrap, mais certainement pas tout ce qui serait recommandé pour réaliser un pansement dans les règles de l’art.
Je fais rapidement l’inventaire de ce que j’ai sous la main. Pas grand-chose.
Alors, comme souvent dans les soins à domicile, il faut s’adapter. On improvise un pansement un peu à l’ancienne, avec les moyens du bord. Pas le plus esthétique, pas celui qu’on montrerait dans un manuel de soins, mais suffisamment propre et sécuritaire pour tenir jusqu’à ce que le matériel adéquat soit disponible.
Ce que ça me fait
Je dois avouer que ce genre de situation me met parfois mal à l’aise. Malgré toute la gentillesse et la compréhension du patient, j’ai l’impression de ne pas travailler de manière aussi professionnelle que je le devrais.
Si le médecin voyait ce pansement, il lèverait probablement un sourcil. Pourtant, certaines réalités du terrain ne rentrent pas toujours dans les protocoles. Parfois, il faut simplement faire avec ce que l’on a.
Quand on travaille dans une région de montagne, les contraintes sont encore plus présentes. Aller chercher du matériel peut représenter plusieurs dizaines de minutes de route. Et lorsqu’on s’en rend compte en fin d’après-midi, il est souvent déjà trop tard : le temps de faire le déplacement, les pharmacies ont fermé leurs portes.
Ce qui est amusant, c’est que j’aime assez ces moments où il faut trouver des solutions. J’aime devoir réfléchir autrement, utiliser mon expérience, faire preuve de créativité et m’adapter à la réalité du domicile. C’est un peu l’esprit du terrain.
Le problème, c’est que tout le monde ne le voit pas de cette manière.
Ma responsable comprend généralement ces situations et sait qu’elles font partie du quotidien. Certains collègues, en revanche, trouvent cela tout simplement inadmissible. Pour éviter toute improvisation, nous nous retrouvons parfois à transporter des sacs à dos énormes remplis de matériel « au cas où ». Une grande partie finit d’ailleurs par arriver à péremption avant même d’avoir été utilisée.
Bien sûr, il faut garantir la sécurité des patients. Mais je me demande parfois si savoir se débrouiller intelligemment avec les ressources disponibles ne fait pas aussi partie du métier.
Après tout, n’est-ce pas là une partie du charme des soins à domicile ? Être loin de l’hôpital, loin des réserves infinies de matériel, et apprendre chaque jour à conjuguer rigueur, bon sens et adaptation.

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