Quand on a peur de déranger, même pour être aidée

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Quand on a peur de déranger, même pour être aidée

Cette nuit-là, la cheffe nous demande si l’une de nous peut aller remplacer dans le service d’à côté. Ils n’ont personne pour la nuit. J’accepte presque trop facilement.

C’est aussi une manière pour moi de m’éloigner de mon unité, qui n’est pas toujours simple à vivre. Une équipe qui préfère parfois se plaindre plutôt que d’agir, où je ne me sens pas vraiment à ma place.

Le service d’à côté, je le connais peu. Il ressemble au mien, mais je n’en maîtrise pas les codes.

Je me présente. La collègue m’accueille avec un sourire sincère, une chaleur immédiate.

On fait les transmissions, je lui demande cinq minutes pour comprendre le fonctionnement, et on se met d’accord : on se retrouve au centre, aux chambres voisines, pour s’entraider. Seule, c’est impossible.

Je fais mon tour tranquillement. Je rencontre les patients, je donne les traitements, je prends le temps d’échanger quelques mots.

Puis je reviens au point convenu. Ma collègue n’est pas là.

J’entends des voix graves, un ton ferme. J’entre dans la chambre.

Je la vois, littéralement, se faire engueuler par un patient.

Je coupe court. Je demande au patient pourquoi il parle si fort en début de nuit, alors que son voisin essaie de dormir.

Il me crie dessus : il ne veut pas de cette collègue “incompétente”, elle prend trop de temps à venir quand il sonne, elle était déjà là la nuit passée.

Je le recadre. Le respect doit être mutuel. Toujours. Quand la situation se calme, je sors avec elle.

Je lui demande doucement pourquoi elle ne m’a pas appelée si c’était déjà compliqué la veille.

Elle baisse les yeux. « Tu es déjà venue aider… je ne voulais pas te déranger. » Et elle regarde sa feuille, comme si lire pouvait cacher le reste.

Comment on peut avoir peur de déranger, même quand on souffre ? Même quand on a besoin d’aide. Même quand on travaille dans un métier qui repose presque entièrement sur le fait de ne jamais être seule.


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