Perdue, mais chez elle

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Perdue, mais chez elle

Cette patiente vit encore chez elle, mais elle est complètement perdue. Pour des raisons financières, et aussi à cause d’une forme de déni de ses enfants, elle reste à domicile malgré un état qui nécessiterait davantage d’accompagnement.

Quand je vais la voir, elle ne sait jamais vraiment si c’est le jour ou la nuit. À chaque passage, elle se dirige vers la même fenêtre de son salon pour vérifier la lumière dehors, comme un repère fragile dans le temps. Ses journées se résument à peu de choses : regarder la télévision, feuilleter un livre, dormir.

Encore et encore.

Sa maladie, la démence, ne lui permet pas de prendre conscience de son ennui. Et paradoxalement, ce n’est peut-être pas la pire chose. Elle ne se plaint pas de ce vide, elle ne le formule pas. Elle est simplement là, dans son monde.

Chaque soin devient une négociation. L’hygiène, les gestes du quotidien, elle ne comprend pas pourquoi ils sont nécessaires. Pour elle, rien ne presse, rien ne manque. Elle ne se souvient de rien, parle peu, et laisse peu de traces verbales de ce qu’elle pense ou ressent.

Il est difficile de savoir dans quel monde elle vit vraiment.Elle reste pourtant souriante, souvent drôle. Mais comme beaucoup de mes patients montagnards, elle a ce que l’on appelle ici un “caractère bien trempé”. Un fond dur, une résistance silencieuse. Un sacré caractère, même quand la mémoire s’efface.


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