La roulette russe des humeurs

A stone building with a clock on the front of it

La roulette russe des humeurs

Ce que je vois

Un patient qui change complètement d’humeur selon les jours. Avec ses troubles cognitifs, chaque passage est imprévisible. C’est un peu la roulette russe. Certains jours, il est souriant, calme, heureux de nous voir. Et d’autres fois, il ne comprend pas pourquoi on est là. Il nous chasse de chez lui, refuse les soins ou nous regarde comme des étrangers qui entrent chez lui sans raison.

La maladie lui fait perdre ses repères. Il ne comprend plus toujours la situation, ni nos intentions. Ce qui nous semble normal peut devenir angoissant ou agressif pour lui. Pour les familles aussi, c’est extrêmement difficile à vivre, car elles retrouvent parfois une personne totalement différente de celle qu’elles ont connue.

Ce que ça me fait

Je sais que ce n’est pas contre moi. Je sais que c’est la maladie qui provoque ces réactions. Avec le temps, les discussions avec mes collègues et ma responsable m’ont appris quoi faire, quoi éviter et comment réagir dans ces moments-là.

La plupart du temps, j’arrive à prendre du recul.

Mais certains jours sont plus difficiles que d’autres. Quand la fatigue s’accumule en fin de tournée, quand la journée a déjà été lourde émotionnellement, il devient plus compliqué de ne pas le prendre personnellement. Il suffit parfois d’un refus de trop, d’un regard agressif ou d’une phrase blessante pour que tout déborde.

Et dans ces moments-là, je sens parfois les larmes monter.

Parce qu’au-delà des soins, il y a aussi l’humain. Et même en sachant que la maladie parle à sa place, ça reste difficile de voir quelqu’un perdre peu à peu ses repères, sa confiance et parfois une partie de lui-même.


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