Quand un merci me surprend
Je ne m’attends pas à ce que les patients me disent merci. Pour moi, ce n’est pas une habitude, ce n’est pas quelque chose de normal dans ma pratique quotidienne ; on soigne, on aide, on accompagne, et c’est attendu. Pourtant, lorsque le mot merci surgit, il ne se contente pas de reconnaître ce que j’ai fait, il ébranle légèrement ma perception du métier, il fait surgir cette sensation rare d’avoir été vue, même pour un geste qui me semblait évident.
Je remarque aussi que je suis beaucoup moins tolérante envers mes collègues. Peut-être parce que nous vivons les mêmes journées, les mêmes urgences, les mêmes contraintes, et qu’on sait tous à quel point chaque geste compte. Pour moi, recevoir un mot de reconnaissance de la part d’un pair, ou même un sourire, n’est jamais automatique, et je m’attends à ce qu’on en ait conscience sans que cela doive être exprimé.
Alors ce mot, merci, quand il apparaît, devient presque une pause dans le rythme effréné, un rappel que malgré la routine, la fatigue et la pression, ce que l’on fait a un impact, même minime. Je sais que tous mes collègues ne pensent pas comme moi, que pour certains, le merci est anodin ou ne change rien à leur ressenti, et c’est ce qui rend cette réaction si personnelle, si particulière pour moi.
Parfois, je me demande si ce mot n’est pas un luxe émotionnel que je m’autorise rarement, un petit souffle de reconnaissance qui ne guérit rien mais qui réchauffe un instant, et qui me fait réfléchir à ce que nous faisons réellement pour les autres, et pour nous-mêmes, dans ce métier où tout est attendu mais si peu reconnu.



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