Une nuit de folie pour l’un et une nuit d’angoisse pour l’autre

a woman laying on a bed in a dark room

Une nuit de folie pour l’un et une nuit d’angoisse pour l’autre

Je prends mon poste pour la nuit, et comme à chaque début de service, je découvre mes patients, sachant que je les retrouverai également les nuits suivantes. Parmi eux, il y a cette chambre que je connais déjà, avec un patient hospitalisé depuis un moment, dont l’état se complique progressivement et qui attend de nombreux examens.

Il est très fatigué, mais parfaitement orienté, et la nuit représente pour lui un moment précieux, car c’est souvent le seul temps où il peut réellement se reposer. La journée est rythmée par les soins, les examens et les divers entretiens avec les professionnels de la santé. Il ne trouve pas son calme de la maison.

Mais ce soir, un nouveau patient arrive dans le lit voisin.

Pour lui, tout est bouleversé.
Il vivait chez lui, avec sa femme, dans une routine rassurante, et soudain, elle l’a retrouvé au sol, ce qui a entraîné l’appel à l’ambulance, l’hospitalisation et une perte brutale de tous ses repères.

La nuit commence difficilement.
Il se lève à plusieurs reprises.
Il me demande s’il peut appeler sa femme.
Il me dit qu’il ne peut pas dormir sans elle.
Il me demande s’il peut rentrer chez lui.

Je lui explique doucement, à plusieurs reprises, que ce n’est pas possible pour l’instant, que nous pourrons appeler sa femme en journée, mais que la nuit, elle a aussi besoin de repos. Malgré cela, l’angoisse persiste. Comme c’est notre première nuit ensemble, impossible de lui proposer des choses propres à lui. C’est encore trop tôt pour le connaître assez pour adapter au mieux, besoin encore de temps.

Il allume la lumière.
Puis la télévision.
Il se lève.
Il marche dans la chambre.
Il va aux toilettes plusieurs fois.
Il revient me voir.

Et pendant ce temps, le voisin subit tout.

Lui, il est épuisé.
Il a un examen important le lendemain.
Plusieurs perfusions limitent ses mouvements, et j’ai justement organisé les installations pour qu’il puisse dormir le plus tranquillement possible.

Mais il m’appelle régulièrement pour me demander d’éteindre la lumière du voisin, de baisser la télévision, de calmer son voisin. Je tente de trouver des compromis, d’apaiser les deux situations, mais la tension monte doucement.

La fatigue rend les mots plus durs.
L’agacement devient visible.
Les voix s’élèvent.

Et le plus difficile, c’est qu’ils ne parlent même pas la même langue.
Ils ne peuvent pas se comprendre.
Ils ne peuvent pas s’expliquer.
Ils ne peuvent même pas partager leur fatigue.

Deux patients.
Deux réalités.
Deux souffrances différentes.
Une seule chambre.

Et une nuit qui semble ne jamais vouloir se terminer.


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